« L’inclusion de chacune et chacun est une valeur qui me tient à cœur »

Lise Wandfluh a débuté au sein de l’atelier-boutique de Saint-Imier en janvier 2026. Assistante socio-éducative de formation, elle a trouvé ses marques dans un cadre mêlant bienveillance, accompagnement et créativité.

Il y a de la douceur dans sa voix lorsqu’on écoute Lise évoquer son parcours. À 36 ans, son arrivée chez Prélude est vécue comme un acte porteur de sens, tant du point de vue personnel que professionnel. Bien qu’intéressée par le domaine du social depuis sa jeunesse, elle a tout d’abord effectué une école d’arts à Neuchâtel. Puis, par nécessité de gagner rapidement une indépendance financière, elle trouve un emploi dans une usine de la région. Elle y reste 8 ans. « Toutefois, j’étais toujours intéressé à travailler dans le domaine social », explique-t-elle. Après plusieurs mois marqués par les doutes et une nécessaire pause professionnelle, elle décide de suivre ses aspirations : en 2021, elle commence un apprentissage d’Assistante socio-éducative au Pôle santé mentale sis à Moutier. « J’ai eu besoin de revenir à ce qui m’animait profondément. »

Lise a complété son CFC par une année de maturité à plein temps. « J’étudiais à Saint-Imier. J’ai donc souvent entendu parler de l’atelier-boutique de Prélude. J’ai envoyé une candidature spontanée au printemps 2025 ». Bien lui en a pris puisque peu de temps après, un poste se libérait. Le processus de recrutement s’enchaîne rapidement : entretien, journée d’essai, puis engagement. Le ton de ses paroles est en harmonie avec la quiétude du lieu, qu’elle décrit ainsi : « J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l’atelier-boutique. J’ai trouvé le cadre chaleureux, esthétique et très agréable pour travailler », confie-t-elle.

Accompagner avec créativité et sens

Ce qui lui plaît particulièrement chez Prélude, c’est la mission d’accompagnement dans un environnement professionnel protégé, orienté vers l’insertion. Par rapport au milieu hospitalier, la relation avec les collaboratrices et les collaborateurs y est moins médicalisée et davantage centrée sur l’autonomie et la valorisation des compétences. C’est un poste en parfaite adéquation avec les valeurs personnelles qu’elle défend : « la bienveillance, l’écoute et l’accompagnement personnalisé. »

Créative dans l’âme, elle apprécie de pouvoir mobiliser ses talents artistiques au quotidien. Dessin, peinture, couture ou encore son intérêt pour la mode et les objets de brocante font partie de son univers. En dehors du travail, Lise est passionnée par le 7e art. Pendant une dizaine d’années, elle a travaillé en tant que projectionniste bénévole au cinéma de Bévilard. Pour compléter ce portrait, Lise révèle qu’elle aime également cuisiner, jardiner, visiter des expositions et découvrir de nouvelles villes.

Un nouveau duo

Lise se sent aujourd’hui à sa place. « L’inclusion de chacune et chacun dans la société est une valeur qui me tient vraiment à cœur », souligne-t-elle. Une pensée influencée par ses expériences personnelles et professionnelles passées. Pour elle, une entreprise comme Prélude offre à ses collaboratrices et à ses collaborateurs la possibilité de trouver cette place et d’y jouer un rôle actif. C’est un engagement qu’elle incarne désormais au quotidien, avec conviction et humanité.

David Charpié ayant rejoint le secteur logistique de Valbirse, Natacha Studer et Lise Wandfluh forment donc le nouveau duo en charge de l’atelier-boutique de Saint-Imier. Pour le visiteur qui prend l’initiative de franchir la porte située Rue Francillon 2, il y trouvera un accueil dans lequel le calme et la bonne humeur sont les porte-étendards d’une structure décidément pas comme les autres. Un café lui sera servi et son œil portera un regard émerveillé sur les différents objets proposés et fabriqués avec les principes du développement durable. À quelques pas, Lise et Natacha encadrent avec douceur et gaieté les collaboratrices et les collaborateurs occupés à les concevoir.

Une collaboration pour intégrer le premier marché du travail

Jonathan Salvatore a été l’un des premiers collaborateurs à intégrer Prélude SA et surtout le premier à travailler au secteur administration de l’entreprise. Cette année, une mesure de réinsertion professionnelle lui a ouvert les portes de la Poste. Une expérience qui vise à lui permettre, à terme, d’accéder au premier marché du travail.

Jonathan Salvatore a effectué son AFP d’Employé de commerce dans une institution d’intégration située à Bienne. Il y était assistant Employé de bureau. Une fois son diplôme en poche, il passe un an au chômage. « Malgré de nombreuses postulations, il était difficile de trouver un emploi qui corresponde à mes compétences », débute-t-il. Au bénéfice de l’A.I., en raison d’un trouble de l’attention et de la concentration qui perturbe son quotidien, sa conseillère l’oriente vers des entreprises à caractère social. C’est ainsi qu’il découvre Prélude SA. Après un premier stage découverte, il intègre l’entreprise en août 2018. « Je m’occupais de la partie administrative et logistique. » En 2019, en parallèle de son travail, il démarre un CFC Employé de commerce en cours du soir qu’il termine en 2021. Au même moment, Prélude SA ouvre son secteur Art & Artisanat à Saint-Imier. « J’ai intégré l’atelier-boutique où j’ai pu acquérir une certaine expérience dans le domaine de la vente, j’aimais particulièrement servir nos clients. »

Malgré ses difficultés, Jonathan souhaite bénéficier d’une mesure de réinsertion, prélude à un accès sur le marché primaire du travail. Une opportunité se présente à l’office de poste  de Moutier pour travailler au guichet des clients commerciaux. « J’ai effectué deux jours d’essai en novembre 2024 durant lesquels j’ai fait connaissance avec l’équipe, puis j’ai débuté officiellement le 1er février 2025 ». Il se familiarise avec ses différentes tâches : traiter les colis, vider les boîtes aux lettres, préparer les caisses pour courriers A ou B ou trier les colis économiques et prioritaires. Il accueille également les demandes des entreprises lorsqu’il assure une présence au guichet. Son travail à 50 % à la Poste, complète ses 30 % chez Prélude SA. La diversité de ses activités n’est pas de tout repos. « J’ai mis du temps à m’habituer à ce nouveau rythme, j’étais fatigué. Maintenant, cela va mieux, je peux prendre le temps de cuisiner ou de regarder un bon film quand je suis chez moi. »

Un bilan positif

Après 6 mois d’expérience, son bilan est positif. Jonathan apprécie particulièrement le mouvement dans son travail, « Ça bouge, c’est plus physique. » Il affectionne également cette nouvelle manière de traiter avec ses clients. « Chez Prélude, ce sont surtout des contacts téléphoniques. Ici, à la filiale postale de Moutier, les contacts se font physiquement, c’est plus direct. » Côté ambiance, il relève que celle-ci est semblable à celle qu’il connaît à Valbirse, « Avec une chouette collaboration avec mes collègues et un encadrement très compréhensif. »

Passionné d’informatique, de musique, de cuisine ou de photographie, Jonathan est très curieux. Il aime notamment les festivals de street-food « qui offrent de mini-voyages culinaires » ou regarde volontiers des vidéos de grands chefs étoilés préparant des classiques de la cuisine. Pratiquant la guitare sèche ou électrique, la musique l’aide à décompresser. « Cela me passionne et c’est surtout excellent pour la concentration. ».

Jonathan n’est encore qu’au début d’une carrière professionnelle perturbée par ses difficultés. Toutefois, grâce à cette collaboration entre Prélude SA et La Poste, il franchit un premier palier qui lui a permis de bénéficier de cette mesure de réinsertion. C’est une bonne nouvelle dans un marché de l’emploi concurrentiel pour les employés de commerce. « C’est vraiment encourageant que La Poste soutienne des gens dans notre situation », exprime-t-il en guise de conclusion.

Un costume sur mesure pour David

Ancien civiliste au sein de Prélude SA, David Grosjean a intégré l’équipe d’encadrement début septembre. Titulaire d’un diplôme d’une haute école de gestion, il apprécie ce nouveau travail qui alterne tâches comptables et relations humaines.

Il y a encore un an, David travaillait en tant que collaborateur au service comptabilité d’une entreprise de transport de la région. Alors qu’il devait effectuer ses cours de répétition, il a décidé de changer d’orientation professionnelle. « Après plus de 5 ans, j’avais un peu fait le tour de mon précédent emploi, j’ai profité de mon temps d’armée pour demander à changer d’affectation afin de le transformer en service civil », explique le jeune homme. S’il ne connaissait que vaguement Prélude SA, il y a trouvé une ambiance qui correspondait à ses nouvelles ambitions, et surtout davantage de variété dans ses tâches.

Civiliste, David a ainsi collaboré successivement au secteur multiservices, puis à la logistique. « Ce qui m’a principalement marqué, c’est que nous travaillons prioritairement pour des gens et non pas pour un directeur ou une directrice. » De fait, il trouve du sens à sa nouvelle mission. Il apprécie les moments de partage avec les collaborateurs et les collaboratrices de l’entreprise.

Se caler sur le rythme des autres

Son relatif manque d’expérience dans l’encadrement n’est pas une lacune. « Je suis encore en phase d’apprentissage, donc j’apprends de nouvelles choses et je suis bien entouré », explique-t-il. David entend suivre une formation dans le domaine, mais en attendant, il emmagasine un maximum d’expérience sur le terrain. Il apprécie ce relationnel qui implique de se caler sur le rythme des personnes qui travaillent avec lui. « C’est quelque chose qui m’est venu naturellement, je pense en priorité à mes collaborateurs et à mes collaboratrices avant de penser à moi. »

Avec les qualifications acquises durant son parcours à la HEG, David Grosjean a sans nul doute des compétences métiers à transmettre aux personnes qui travaillent dans son secteur. Mais, il doit encore gérer des paramètres qui lui restent à acquérir tels que les confidences lorsque quelqu’un ne se sent pas bien sur son lieu de travail. « J’ai appris à ne pas tout prendre sur moi lorsqu’il y a des situations délicates. J’ai la chance de pouvoir compter sur le savoir-faire de mes collègues pour apaiser d’éventuelles tensions ou de m’en détacher de la manière la plus positive possible. »

Ce passionné de sport, plus particulièrement de vélo et d’athlétisme, peut compter sur son expérience d’entraîneur. Chaque semaine, il s’occupe d’adolescents de 14 à 18 ans, un atout non négligeable dans le cadre de sa nouvelle profession. Ainsi, ce nouveau travail chez Prélude SA lui permet d’exploiter pleinement ses capacités et de trouver un équilibre entre ses tâches derrière un ordinateur et le contact humain. Toutefois, il lui reste encore à changer un peu son image : « Certains me voient encore comme un civiliste, mais je m’impose de plus en plus comme un encadrant. » Ce changement de rôle, David est en train de l’endosser avec un certain succès. Nous lui souhaitons une nouvelle fois la bienvenue au sein de notre entreprise.

« J’ai appris à faire attention au ton de ma voix »

Renato Iannetta est à la fois modeste et très accueillant. À quelques mois de la retraite, il revient sur son parcours chez Prélude SA : itinéraire d’un authentique rêveur sachant conjuguer rigueur et bienveillance.

« Renato, j’ai reçu des pièces, dois-je les emballer ? » L’interview n’a pas encore débuté, que le co-responsable du secteur logistique doit s’interrompre pour régler quelques aspects organisationnels de travaux à venir. Son bureau est situé à l’étage inférieur du bâtiment de Prélude SA. Depuis la fenêtre, on y aperçoit un atelier qui foisonne d’activités. « Ma porte est souvent ouverte, cela facilite le dialogue avec les gens », débute-t-il avec un large sourire.

Renato Iannetta est pragmatique « et d’une grande rigueur ». Un caractère en adéquation avec une carrière professionnelle placée sous le signe de la mécanique, tout d’abord chez un fabricant de machine-outil de la région, puis dans une manufacture horlogère. Après quelques années à travailler dans des entreprises industrielles, il aspire à autre chose : « J’avais un cadre de travail très confortable… Toutefois, j’avais cette envie de transmettre mon savoir-faire. »

Lorsqu’il débarque chez Prélude SA, il débute très logiquement par le secteur mécanique. Toutefois, il découvre une autre approche. « En mécanique, normalement c’est très carré. Ici, c’est différent, c’est mouvant. Et s’il y a une erreur, je considère que ce sont mes consignes qui n’étaient pas assez claires. » Ainsi, d’un environnement très structuré, il passe à un « monde parallèle » où les collaborateurs et les collaboratrices ne sont pas toujours les mêmes d’un jour à l’autre. « Au départ, c’était compliqué. D’un côté, j’ai des clients à satisfaire, de l’autre des personnes en situation de handicap ou en difficulté sociale. J’ai dû apprendre à créer un équilibre. » Il pense y parvenir, trouver sa méthode et être sur la bonne voie. « Mais un jour, notre directeur m’interpelle et remet en question mes méthodes, rigole-t-il, je n’étais pas du tout adéquat dans ma manière de faire. »

Renato procède à des ajustements, tant du point de vue du management que de son attitude : « J’ai appris à faire attention au ton de ma voix. Elle est grave et porte loin, cela peut paraître agressif. » Pourtant, le sexagénaire est tout le contraire. Lorsqu’il se raconte, il a ce côté rêveur, un brin utopiste, qui considère les gens sous leur meilleur jour, ce qui parfois lui masque la réalité du monde. « Dans ma tête, tout le monde était beau et gentil… Je ne voyais pas cette souffrance. C’est une forme de naïveté qui fait partie de ma personnalité. »

Au quotidien, il constate que Prélude SA accueille de plus en plus de jeunes gens en détresse. Ce rajeunissement de la population de l’entreprise sociale n’a pas changé son approche. Le matin, il a un petit mot sympa pour tout le monde et distribue les travaux en fonction des compétences de chacun, misant davantage sur l’implication personnelle de ses collaboratrices et collaborateurs que sur une forme d’autorité. Côté mandat, le secteur logistique a une activité très variée. « Au point de ne pas avoir de programme très défini. La météo exerce une grande influence. S’il pleut, on reste à l’atelier ou nous nous occupons des livraisons, et dès que le temps le permet, on file réaliser des mandats extérieurs, comme l’entretien de jardins, par exemple. »

L’ancien mécanicien est très fier de son équipe actuelle, « ce sont des bosseurs. Parfois, cela manque de rigueur dans la finition, mais c’est mon rôle de contrôler cet aspect. » Renato est attentif. Il privilégie un dialogue constant avec ses collaboratrices et ses collaborateurs, veille à ce que tout le monde se sente bien et, si nécessaire, adapte le programme et les horaires à l’humeur de chacun. Parfois, il n’y arrive pas. « Ce qui me fait le plus mal, c’est d’avoir eu, sans m’en rendre compte, une attitude qui n’a pas été adéquate avec quelqu’un, de ne pas avoir su trouver les bons mots et de blesser une personne. Je ne me sens pas bien ensuite. »

Dans quelques mois, il profitera d’une retraite bien méritée dans une maison qu’il a achetée en 2008. Elle est encore en travaux, mais il prend ça avec philosophie. Il en rigole même. « Peut être qu’elle ne sera jamais finie et ce n’est pas grave. J’aime bien bricoler à mon rythme. » Italien d’origine, il pense également effectuer quelques allers-retours entre la terre natale de ses parents et la région du Grand Chasseral. Il aura également du temps pour cuisiner pour ses amis. De son propre avis, il s’en sort très bien avec le Tiramisu ou une bonne ratatouille. En somme, Renato aime la vie simple, c’est une attitude qu’il a partagée tout au long des années passées chez Prélude SA. Nous l’en remercions vivement.

La cerise sur le gâteau…

Depuis avril 2024, Marianne est employée à l’atelier-boutique de Prélude, à Saint-Imier. Elle y a rejoint sa fille qui y travaillait déjà. Auparavant, elle a été bénévole pour une dame âgée. Mais, il faut bien l’avouer, cette excellente pâtissière cache bien son jeu.

Bouchère de formation, Marianne n’a jamais vraiment exercé ce métier qu’elle avait choisi par défaut et qu’elle n’aimait pas. « Ma famille d’adoption ne souhaitait pas que je suive des études », explique-t-elle. En effet, sa mère l’ayant abandonnée à l’âge de 3 mois et son père étant décédé quand elle avait 6 ans, elle fut adoptée avec l’une de ses sœurs. Ce début de vie compliqué a exercé une influence sur la suite, puisque, pendant trente-six ans, elle a été famille d’accueil. « Je le suis devenue par amour des enfants. J’en ai accueilli 54. Ils avaient entre 3 mois et 16 ans », détaille-t-elle. Toutes et tous placés en raison de problèmes familiaux, ils ont donc pu compter sur l’affection de cette femme de cœur qui est également devenue mère de deux enfants.

Il y a 17 ans, son divorce la plonge dans une profonde dépression. La maladie l’empêche de travailler. « Je ne pouvais plus offrir la qualité de vie que méritaient ces enfants. » Cet état l’entraîne dans une spirale qui débouche sur l’assurance invalidité. À cette époque, elle réside du côté de Montreux. « Je ne faisais plus grand-chose, juste un peu de chant. Puis, comme j’ai toujours aimé en faire pour le goûter des enfants, je me suis lancée plus sérieusement dans la pâtisserie. Ce dernier point est crucial pour la suite de ce récit.

Une « super-nana » pour les USA

Il y a 7 ans, Marianne décide de déménager dans la région de Saint-Imier pour se rapprocher de sa fille Malika. Elle lui rend fréquemment visite à l’atelier-boutique de Prélude. Comme la personne âgée dont elle s’occupait bénévolement vient de décéder, elle est à la recherche d’une nouvelle occupation. Avec Natacha Studer, la responsable du lieu, elles conviennent d’un engagement à 50%. « J’aime faire tout ce qu’on me propose », explique-t-elle calmement. Elle y retrouve l’ambiance familiale qu’elle a cultivée tout au long de ses années de famille d’accueil. « D’ailleurs, je revois encore régulièrement des enfants qui ont vécu chez moi. »

Si le travail dans l’atelier-boutique est varié, elle apprécie tout particulièrement les travaux au crochet, une activité apprise de sa tante. Ses œuvres, des oiseaux notamment, sont parfaitement mises en valeur dans la boutique. Mais ses talents ne se limitent pas à cela. Elle confectionne d’autres objets. « J’ai réalisé une ‟ super-nana ”. Elle a été vendue pour être offerte à une petite fille… aux États-Unis. Aujourd’hui, Marianne estime qu’elle est totalement guérie, notamment grâce à un très bon médecin et à son rôle de dame de compagnie auprès de femmes âgées.

La télévision en 2026

Au moment de conclure cette interview, on se dit que cette femme a décidément eu une vie plutôt bien remplie, bercée de chaleur humaine. Pourtant… elle ne nous a pas tout révélé. Aussi, le présent portrait n’est pas passé loin de rater une information essentielle. C’est Natacha Studer qui nous met la puce à l’oreille en évoquant une « mystérieuse cerise sur le gâteau »…

À demi-mot et avec énormément de modestie, elle nous conte une aventure extraordinaire, une véritable histoire de Noël. Il y a quelques mois, sa fille l’incite à participer au casting de l’émission Le Meilleur Pâtissier, un programme culinaire français de la chaîne M6. D’abord réticente à cette idée, elle finit par se laisser convaincre. La pâtissière imérienne franchit haut la main les deux étapes des sélections, avec une formidable 2e place sur 869 candidats. « J’ai d’abord proposé un entremets aux fruits exotiques pour le gâteau libre et préparé un saint-honoré pour l’épreuve imposée. » Avec, pour cette dernière, une contrainte de temps d’exécution de trois heures !

Marianne vient ainsi de confirmer sa participation à l’émission. Une décision difficile à prendre en raison du stress que ce genre de défi engendre. Mais, là encore, sa fille et son beau-fils ont su se montrer convaincants. Fidèle lectrice de Bernard Werber, on peut souhaiter qu’elle trouve la force de surmonter cette anxiété dans les romans de l’écrivain français. En outre, elle sait qu’elle peut compter sur le soutien des deux responsables du secteur Art & Artisanat, Natacha et David, pour la coacher, et de tous ses collègues de l’atelier-boutique pour la soutenir. Début du tournage : printemps 2026.

De l’hôtellerie à l’encadrement social

Passionnée par l’hôtellerie et les voyages, Sylvie Kaufmann s’est rêvée équipière sur un bateau de croisière. Si ses pas l’ont portée vers de nombreux pays, actuellement c’est bien au sein de l’encadrement du secteur multiservice de Prélude qu’elle met à disposition ses compétences et son sens de l’écoute.

Sylvie tire son sens de l’accueil, du service et de l’écoute de son histoire familiale. « Je suis littéralement née dans un restaurant, explique-t-elle avec un large sourire, au bout d’une longue table accueillante.» Autant dire que le sens de l’hospitalité est fortement ancré dans ses gènes. À tel point qu’à l’âge de 15 ans, elle intègre l’École d’assistante d’hôtel, à Glion. Elle s’y forme en tant qu’assistante hôtelière. Elle est employée dans un hôtel 5 étoiles et cette période marque le début de sa carrière de future polyglotte. « Le directeur de mon hôtel avait fait une demande afin que je puisse suivre l’école en français, mais exercer la pratique en allemand.» Son parcours la mène ensuite en Floride pour y apprendre l’anglais, puis en Espagne pour… l’espagnol.
« Là-bas, dans l’hôtel où je travaillais, je m’occupais surtout des touristes suisses alémaniques », plaisante Sylvie. Elle a également voyagé en Australie pendant trois mois avec celui qui est devenu son époux.

« Mon plus grand rêve était de bouger en travaillant dans l’hôtellerie, si possible sur un bateau naviguant dans les Caraïbes. » Toutefois, grâce à ses compétences multilingues, elle devient réceptionniste chez un fabricant de machines-outils de la région. « C’était un poste fantastique. Tous les jours, je parlais trois langues différentes. J’ai effectué ce travail durant cinq ans. » À la naissance de ses enfants, elle choisit de se consacrer à sa vie familiale, s’éloignant ainsi du domaine de l’hôtellerie qu’elle affectionne particulièrement.

De la piscine à Prélude

Les enfants devenus grands, elle envisage de reprendre une activité professionnelle. Il y a 8 ans, alors qu’elle mangeait au restaurant de la piscine de Valbirse, elle rencontre le directeur de Prélude. Le courant passe. Sylvie visite Prélude et y relève de nombreux points communs avec ses expériences passées. « Ici, mes ‘clients’, ce sont des personnes en difficulté. Et comme dans le restaurant de mes parents, on prête l’oreille aux petits tracas des gens. J’ai l’écoute dans le sang ! » Elle apprécie cette pratique qui consiste « à prendre le temps nécessaire lorsqu’une collaboratrice ou un collaborateur ne se sent pas bien. Il y a beaucoup de bienveillance dans notre approche. » Elle a toutefois dû apprendre à mettre un peu de distance dans sa manière de travailler, en raison de son hypersensibilité. « Je ramenais la souffrance des gens à la maison. »

Sylvie apprécie l’image que Prélude renvoie à l’extérieur. « On dit de nous que nous sommes une belle entreprise. On est bien loin des clichés véhiculés sur ce que certains nomment avec mépris des ‘cas sociaux’. » Elle aime également son travail au secteur multiservice et cette manière de démontrer que le handicap n’est pas une fatalité. « On est capables d’assurer tout type de mandat, on a des comptes à rendre à nos clients, et nos collaborateurs se montrent efficaces. » De son propre aveu, elle explique toutefois qu’elle a dû apprendre la patience. « C’est la principale différence avec l’hôtellerie. Le rythme est différent. Néanmoins, je suis plus fatiguée après une journée chez Prélude que lors d’une journée de douze heures dans un hôtel.»

Bien qu’il lui reste encore quelques années avant de penser à la retraite, Sylvie se réjouit de reprendre la route. Le voyage occupe toujours une place importante dans son esprit. « Je crois que j’aurais vraiment pu vivre dans un autre pays. L’hôtellerie est un monde spécial où l’on bouge tout le temps. » Sa passion est si intense qu’elle a même suggéré à son mari l’idée de reprendre un restaurant à Sydney. En attendant, chez Prélude, on se réjouit de pouvoir compter encore sur ses compétences et sa sociabilité. « J’aime accueillir. Chez moi, c’est comme dans un restaurant, avec un frigo et un congélateur toujours pleins », glisse-t-elle en guise de conclusion.

Du Congo à Prélude SA

Au départ, le parcours de Luyeye ressemble à celui de nombreux jeunes en quête d’une vie meilleure. Encore mineur, il fait environ 8500 km pour atteindre les frontières de l’Europe. En Suisse, une famille d’accueil lui donne les bases pour commencer une nouvelle vie, mais la traversée de l’Afrique a laissé des marques sur son corps.

Aujourd’hui, Luyeye a 38 ans. Il est arrivé en Suisse alors qu’il était mineur, il y a plus de 21 ans. Ce fut un départ précipité pour le Congolais de naissance. « Les policiers ont battu et abusé de ma mère. Ma grand-mère m’a donné l’argent de la vente de la plantation de café, je suis parti en direction de la Centrafrique. » Son trajet est malheureusement très banal, similaire à celui de nombreux jeunes qui débarquent sur une route migratoire comportant de nombreux dangers et parsemée d’embûches. En chemin, il y a les passages à tabac et les mauvaises rencontres dans les squats qu’il fréquente. Il traverse de nombreux pays et arrive en Italie à 16 ans. « Quand je suis enfin arrivé en Suisse, je me suis dit : ‘Je suis grand !’ » rigole-t-il. Il suit le chemin habituel du migrant en passant par les centres pour réfugiés. Tout d’abord celui de Vallorbe, puis les nombreux autres. Ensuite, il est hébergé par une famille d’accueil à Évilard.

Dans les montagnes, le jeune garçon apprécie les promenades avec les chiens de la famille. « Des golden retrievers, précise-t-il. Dans la forêt, je marche à mon rythme, je suis au calme. »

L’intégration chez Prélude

Luyeye a travaillé dans le bâtiment, notamment dans la pose de carrelage. Mais cette marche à travers l’Afrique lui a laissé des séquelles physiques. Une hernie discale, d’abord, suivie de problèmes d’arthrose au niveau des jambes. L’homme a également un déficit de la vue à la suite d’un coup involontaire donné par un camarade… en Suisse. Quatre opérations sont nécessaires pour retrouver une certaine acuité visuelle. « J’ai fait 8500 kilomètres à pied, j’ai affronté de nombreuses épreuves et maintenant, ma santé m’empêche de travailler comme j’aimerais. »

Au bénéfice de l’AI, il a cherché un emploi dans des institutions adaptées, se heurtant bien souvent à des refus en raison de sa santé. En 2020, il découvre Prélude SA et adopte immédiatement cette place de travail. « Quand je sors de chez moi et que j’arrive ici, je suis parfaitement à l’aise. Je m’occupe notamment au secteur logistique. » Luyeye est un maniaque du ménage. Lorsqu’il commence un mandat pour l’entreprise, il met tout en œuvre pour que cela soit aussi propre que chez lui.

Une boussole

Dans son parcours, il a eu quelques problèmes avec l’alcool. Toutefois, il s’est ressaisi afin de devenir exemplaire. « J’ai donné mon cœur à ma famille d’accueil », exprime-t-il. D’ailleurs, au cours de l’entretien, Luyeye n’a cessé de rendre hommage à cette famille, qu’il ne veut pas décevoir, car « elle m’a donné des valeurs ». Il a aussi beaucoup honoré le souvenir de sa mère biologique. « Elle a été comme une boussole, c’est à elle que je dois de savoir écouter. Je ne l’ai jamais revue. Je regrette de ne pas pouvoir lui montrer comme je suis fort grâce à elle. »

L’intégration de Luyeye chez Prélude lui a permis de trouver une certaine stabilité qui passe notamment par sa fierté d’avoir un travail. « J’ai décroché cette place chez Prélude, je vais tout faire pour m’en montrer digne et y rester », conclut-il.

« Ici, on est nous-mêmes, sans faux-semblant »

L’alcool a exercé une influence néfaste sur Constantin. Néanmoins, il a tout mis en œuvre pour tourner la page d’une période sombre de sa vie. Son travail au sein du secteur Logistique de Prélude SA est une étape sur la voie d’une certaine normalité.

Le jeune quadragénaire est précis quant à sa présentation : il travaille chez Prélude SA depuis le 22 septembre 2022. Une date qu’il considère comme un nouveau départ après des tourments liés à son addiction à l’alcool. Après dix années compliquées, Constantin loge maintenant dans un lieu de vie et de réhabilitation de la vallée de Tavannes, Le Tamaris. Maçon grutier de formation, il est tombé dans l’alcool « pour oublier des graves événements qui me sont arrivés plus jeune », explique-t-il avec pudeur mais sans tabou. Cultivé, ce fils de diplomate rwandais venu en mission à Berne au début des années 1990 s’exprime avec aisance. Le destin de la famille bascule en 1994. « En raison du génocide rwandais, nous sommes restés bloqués en Suisse. Nous avons donc demandé l’asile politique. »

L’alcool a débarqué sur son lieu de travail. Il boit de plus en plus régulièrement. « C’était devenu une fuite de la réalité, je ne voyais pas que je me mettais en danger. C’est mon père qui a tiré la sonnette d’alarme, il m’a sauvé la vie. » Après un passage aux Vacheries, une unité thérapeutique dédiée aux dépendances, il arrive donc au foyer Le Tamaris. « Ici, on s’est occupé de me stabiliser mentalement et surtout de me débarrasser de mes problèmes d’alcool. »

Se réinsérer

Après plusieurs années sans travailler, l’étape suivante était de lui trouver une occupation. « Cela faisait dix ans que je suivais un schéma hors norme. Pour un alcoolique, il est important d’occuper son esprit afin de ne pas cogiter. » Il intègre donc le secteur Logistique de Prélude SA. Il y apprécie particulièrement les efforts physiques qui lui sont demandés. « J’aime porter des choses. Avec mon métier de maçon, j’ai été formé à cela. À la fin de la journée, on ressent une bonne fatigue. Puis travailler à l’extérieur me plaît. »

L’ambiance chez Prélude ? Il l’apprécie. « Ici, on parle facilement de notre vie, on est nous-mêmes sans faux-semblant. J’évoque facilement mes problèmes d’alcool, c’est une manière de sensibiliser à ses méfaits. De montrer aussi qu’on peut s’en sortir. »

Sur la route de l’indépendance

Encore en phase de reconstruction, l’homme a de l’ambition. Pour lui, Prélude n’est qu’un passage sur la voie de sa rédemption professionnelle. À court terme, il souhaite refaire des stages dans son métier. Grâce à son travail chez Prélude SA, de nouvelles perspectives s’ouvrent. Dans quelques semaines, il quittera son logement pour s’établir dans son propre appartement, mais toujours sous la responsabilité du foyer Le Tamaris. Un avenir sujet à quelques questionnements. « Je me demande comment réagir, je suis à la fois curieux et anxieux. » Cependant, pour ne pas retomber dans ses travers, Constantin a mis en place différentes stratégies. Dorénavant, il prend soin de son corps et se cuisine des repas équilibrés. « La fuite, c’est fini ! Maintenant j’affronte mes peurs et c’est agréable de se sentir à nouveau physiquement au top. Je commence à m’aimer depuis que je ne bois plus. » Les signaux passent doucement au vert afin de permettre à Constantin d’entamer une vie plus standard, selon ses propres termes.

Passion manga

Olivier a intégré Prélude SA le 2 février 2023. La précision est une valeur importante pour cet amateur du 9e art qui s’est lancé dans la création d’un manga d’une centaine de pages.

Auparavant, Olivier travaillait dans une fondation pour personnes vivant avec un handicap – il est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme, invalide AVS à 100% – dans le canton de Neuchâtel. Aspirant à se rapprocher de sa famille qui habite dans le vallon de Saint-Imier, il déménage à Sonvilier. Un choix qui ne fut pas sans conséquence. En changeant de canton, il a perdu sa place de travail. « À la suite de mon changement d’adresse, j’ai travaillé comme aide-concierge avec mon grand frère. Mais pour diverses raisons, je n’ai pas pu garder cet emploi. » Puis son curateur lui présente Prélude SA et ses activités de réinsertion professionnelle.

Lorsque l’on pose des questions à Olivier, il est très précis dans ses réponses. Depuis quand travaille-t-il chez Prélude ? « Depuis le 2 février 2023, j’attaque ma deuxième année. » Quel âge a-t-il ? « 28 ans, le 23 novembre 2024. » Une caractéristique qui déteint dans la passion du jeune homme pour la bande dessinée et à laquelle il consacre toutes ses soirées. Pas simplement en lecture, mais bien le crayon à la main : il s’est formé à l’Académie de Meuron dans le canton de Neuchâtel. « La formation dure trois ans, mais j’ai effectué une pause de deux ans à l’issue de ma première année », détaille-t-il.

Un manga de 100 pages

Olivier dit avoir la chance de pouvoir noircir de son trait précis des tas de feuilles de papier, parallèlement à son travail chez Prélude. Et il ne lésine pas, il dessine tout le temps. « J’ai commencé assez tardivement, à l’âge de 13 ans. Je gribouillais des objets et des modèles anciens de voitures, j’aime ces perspectives courbées. » Aujourd’hui, il s’est lancé dans l’ambitieux projet de réaliser un manga d’une centaine de pages. Une particularité, il dessine sans poser préalablement son scénario. « Tout est dans ma tête, j’écris le récit en cours de route », rigole-t-il. Pour preuve, en présentant ses pages qui ne contiennent pas encore de dialogue, le jeune homme récite de mémoire les textes qu’il ajoutera ensuite dans ses phylactères.

Au total, Olivier estime que son projet lui prendra bien deux ans. Son histoire décrit un univers fantastique où des monstres souhaitent être considérés comme des gens normaux. Faut-il voir là une sorte d’allégorie de l’autisme ? « Je n’y avais pas pensé… ou peut-être de manière inconsciente ? » s’interroge-t-il. L’un de ses personnages, Mantissia , est une femme au physique atypique : elle a l’apparence d’un humain mais les pinces, qui remplacent ses mains, et les antennes sur sa tête trahissent ses origines invertébrées de mante religieuse.

Éviter la routine

La passion d’Olivier pour le dessin est telle qu’il fut difficile d’orienter la conversation sur les travaux réalisés par notre artiste chez Prélude. Il travaille au secteur multiservice quatre jours par semaine. Il y fait des journées plutôt longues de huit heures, entrecoupées de pauses durant lesquelles… il dessine !

Du côté de l’atelier, il apprécie particulièrement les missions liées à la mise en sachet de pièces d’horlogerie. « C’est un travail de précision, mais une fois que tu as acquis la technique et les bons gestes, cela devient une routine… parfois ennuyeuse. Comme en travaillant, j’ai la possibilité d’écouter de la musique, cela émoustille ma créativité pour mes autres projets. » Il apprécie notamment les bandes-son des films de Disney, on en revient une nouvelle fois au dessin. Olivier regrette toutefois de ne plus travailler sur les câbles : il appréciait cette tâche consistant à les sertir ou les étamer.

La créativité et le talent d’Olivier pour le dessin sont des atouts précieux pour Prélude, notamment lorsqu’il s’agit de créer du contenu et des illustrations pour le journal interne réservé aux collaboratrices et aux collaborateurs de l’entreprise. Bien souvent, il convient même de le refréner un peu afin de laisser de la place aux autres rédacteurs. Gageons toutefois que l’artiste communiquera au sujet de l’évolution de son projet de manga et nous autorisera à le faire découvrir en avant-première sur les réseaux de l’entreprise.

« Mon handicap n’est pas une limite »

À 46 ans seulement, Raphaël est l’un des plus anciens collaborateurs de Prélude SA. Malvoyant, son handicap ne l’empêche pas d’être résolument optimiste, ni de se passionner pour sa collection de pièces de monnaie anciennes. Portrait.

Le parcours de Raphaël est marqué par plusieurs échecs qui l’ont empêché de décrocher un diplôme, sésame précieux et nécessaire pour trouver une place de travail. Il s’est donc tourné vers différentes institutions de réinsertion professionnelle. Ainsi, il a commencé sa vie active dans le canton de Vaud avant de rejoindre celui de Berne puis la ville de Bienne. Pour finir, son arrivée chez Prélude est le fruit d’une conjugaison de deux facteurs déterminants : un emploi proche de son domicile et des activités adaptées à son handicap. « Depuis que je suis chez Prélude, j’ai travaillé dans tous les domaines à l’exception du secteur mécanique, explique-t-il, je ne me fixe pas de limites. » En effet, plutôt combatif, il refuse d’être retenu par des barrières liées à ses problèmes de vue. « Je ne considère plus cela comme un inconvénient, mais plutôt comme un auxiliaire pour aller plus loin. Quand il y a une tâche à accomplir, si les autres y arrivent, pourquoi pas moi ? »

Le défi du numismate

Sportif, pratiquant la marche et le vélo tandem, cinéphile et mélomane, Raphaël a une autre corde à son arc plutôt surprenante et au nom pour le moins étrange : il est numismate, c’est-à-dire qu’il collectionne les pièces de monnaie. « J’en possède environ 400 qui vont de l’Antiquité à nos jours, même s’il y a toute une période, après le XVe siècle, qui ne m’intéresse pas spécialement. » De par ses lectures, Raphaël est un fin connaisseur de l’Antiquité et de l’époque médiévale. Ses problèmes de vue ne le gênent pas pour pratiquer sa passion : « Je peux reconnaître les différentes pièces, je rencontre des spécialistes et je consulte des sites dédiés sans trop de difficulté. »

Étant passionné d’histoire et de géographie, sa collection lui permet de réunir les deux thématiques. Et pour illustrer cela, un objet sort du lot : « Je possède une pièce de monnaie byzantine en or qui date du XIIIe siècle. L’histoire de cette civilisation m’a toujours fasciné, car elle se situe entre deux mondes, l’Orient et l’Occident. Un peu comme moi dans ma manière de penser », sourit-il. D’ailleurs, s’il le pouvait, notre collectionneur passerait à l’Est puisque son rêve serait de débusquer une pièce du Moyen Âge en provenance de Samarcande, une ville mythique d’Ouzbékistan qui le fait rêver, lui, qui est également fasciné par le légendaire Gengis Khan.

Le plus droit possible

Pour en revenir à ses activités chez Prélude, Raphaël admet qu’il est impossible de travailler les stores fermés ou de tamiser les lumières dans les ateliers. Toutefois, il reste avide de découvrir de nouveaux travaux et relève chacun d’entre eux comme un véritable défi. « Par exemple lorsque je dois fixer des autocollants, j’essaie d’être le plus droit et le plus précis possible », détaille-t-il. Au-delà du travail, il apprécie également la mixité des différences au sein de Prélude. « Ici, c’est un véritable reflet de la société, explique Raphaël, il y a toutes sortes de pathologies. Les humeurs sont variables, mais on essaie de se soutenir. »

À la fin de l’entretien, Raphael a souhaité transmettre un message plus profond et empreint d’optimisme : « Le handicap ne doit pas simplement nous définir, ce n’est pas non plus une excuse. Ma mère m’a toujours incité à aller de l’avant et à ne jamais penser au pire. C’est ce que je m’applique à faire quotidiennement. » Au moment de réfléchir à un visuel pour illustrer le présent article, il a volontairement choisi une photo-portrait en noir et blanc qui, explique-t-il, correspond à ce qu’il voit.