À 46 ans seulement, Raphaël est l’un des plus anciens collaborateurs de Prélude SA. Malvoyant, son handicap ne l’empêche pas d’être résolument optimiste, ni de se passionner pour sa collection de pièces de monnaie anciennes. Portrait.
Le parcours de Raphaël est marqué par plusieurs échecs qui l’ont empêché de décrocher un diplôme, sésame précieux et nécessaire pour trouver une place de travail. Il s’est donc tourné vers différentes institutions de réinsertion professionnelle. Ainsi, il a commencé sa vie active dans le canton de Vaud avant de rejoindre celui de Berne puis la ville de Bienne. Pour finir, son arrivée chez Prélude est le fruit d’une conjugaison de deux facteurs déterminants : un emploi proche de son domicile et des activités adaptées à son handicap. « Depuis que je suis chez Prélude, j’ai travaillé dans tous les domaines à l’exception du secteur mécanique, explique-t-il, je ne me fixe pas de limites. » En effet, plutôt combatif, il refuse d’être retenu par des barrières liées à ses problèmes de vue. « Je ne considère plus cela comme un inconvénient, mais plutôt comme un auxiliaire pour aller plus loin. Quand il y a une tâche à accomplir, si les autres y arrivent, pourquoi pas moi ? »
Le défi du numismate
Sportif, pratiquant la marche et le vélo tandem, cinéphile et mélomane, Raphaël a une autre corde à son arc plutôt surprenante et au nom pour le moins étrange : il est numismate, c’est-à-dire qu’il collectionne les pièces de monnaie. « J’en possède environ 400 qui vont de l’Antiquité à nos jours, même s’il y a toute une période, après le XVe siècle, qui ne m’intéresse pas spécialement. » De par ses lectures, Raphaël est un fin connaisseur de l’Antiquité et de l’époque médiévale. Ses problèmes de vue ne le gênent pas pour pratiquer sa passion : « Je peux reconnaître les différentes pièces, je rencontre des spécialistes et je consulte des sites dédiés sans trop de difficulté. »
Étant passionné d’histoire et de géographie, sa collection lui permet de réunir les deux thématiques. Et pour illustrer cela, un objet sort du lot : « Je possède une pièce de monnaie byzantine en or qui date du XIIIe siècle. L’histoire de cette civilisation m’a toujours fasciné, car elle se situe entre deux mondes, l’Orient et l’Occident. Un peu comme moi dans ma manière de penser », sourit-il. D’ailleurs, s’il le pouvait, notre collectionneur passerait à l’Est puisque son rêve serait de débusquer une pièce du Moyen Âge en provenance de Samarcande, une ville mythique d’Ouzbékistan qui le fait rêver, lui, qui est également fasciné par le légendaire Gengis Khan.
Le plus droit possible
Pour en revenir à ses activités chez Prélude, Raphaël admet qu’il est impossible de travailler les stores fermés ou de tamiser les lumières dans les ateliers. Toutefois, il reste avide de découvrir de nouveaux travaux et relève chacun d’entre eux comme un véritable défi. « Par exemple lorsque je dois fixer des autocollants, j’essaie d’être le plus droit et le plus précis possible », détaille-t-il. Au-delà du travail, il apprécie également la mixité des différences au sein de Prélude. « Ici, c’est un véritable reflet de la société, explique Raphaël, il y a toutes sortes de pathologies. Les humeurs sont variables, mais on essaie de se soutenir. »
À la fin de l’entretien, Raphael a souhaité transmettre un message plus profond et empreint d’optimisme : « Le handicap ne doit pas simplement nous définir, ce n’est pas non plus une excuse. Ma mère m’a toujours incité à aller de l’avant et à ne jamais penser au pire. C’est ce que je m’applique à faire quotidiennement. » Au moment de réfléchir à un visuel pour illustrer le présent article, il a volontairement choisi une photo-portrait en noir et blanc qui, explique-t-il, correspond à ce qu’il voit.